Féminicide : définition et origine du terme

Féminicide : définition et origine du terme

Lorsque nous débattons de l’existence du féminicide, nous risquons de réduire à une simple opinion un phénomène étudié par la recherche depuis cinquante ans. En tant que psychologues, nous avons la responsabilité de recentrer le débat sur les données, les études et l’expérience clinique déjà établies, car la compréhension de ce phénomène fait partie intégrante de notre pratique quotidienne.Le mot a une histoire particulière. La criminologue Diana Russell a employé le terme « féminicide » en 1976, lors d’une intervention devant le Tribunal pénal international pour les crimes contre les femmes, et en a précisé le sens dans son ouvrage de 1992, le définissant comme le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme, c’est-à-dire pour des raisons liées au genre. À peu près à la même époque, l’anthropologue mexicaine Marcela Lagarde a forgé le terme espagnol « féminicide », traduit plus tard en italien par « femminicidio », élargissant ainsi le concept pour inclure les formes d’oppression et de violence qui mènent souvent au meurtre. Un nouveau mot était nécessaire précisément parce que le terme « meurtre », neutre, finissait par occulter l’information la plus importante : le mobile.

Avant même d’aborder les théories, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, selon un rapport du Service d’analyse criminelle du ministère de l’Intérieur, 97 femmes ont été tuées en Italie, dont 85 dans un contexte familial ou sentimental et 62 par leur conjoint ou ex-conjoint. Une statistique est particulièrement frappante : alors que le nombre total d’homicides a atteint son niveau le plus bas depuis dix ans, les féminicides au sein du couple restent stables, avec le même nombre de victimes (62) en 2024 et 2025. Les femmes représentent ainsi la part la plus élevée jamais enregistrée parmi les personnes assassinées. Les hommes sont tués dans des contextes très différents et presque jamais par celles qu’ils prétendent aimer. Cette asymétrie se répète à l’identique année après année, signe d’un phénomène structurel doté d’une grammaire propre et reconnaissable.

Cette grammaire, nous la connaissons bien, car elle est d’ordre clinique plutôt que statistique. Le féminicide survient rarement soudainement ; il constitue généralement l’aboutissement d’une longue escalade. Dès 1979, la psychologue Lenore Walker, dans son étude sur les femmes battues, décrivait le cycle de la violence, alternant entre une phase de montée des tensions, l’explosion proprement dite et une phase de réconciliation qui illusionne et immobilise la victime, tandis que la spirale se resserre à chaque étape. Des années plus tard, le sociologue Evan Stark y ajoutait un élément crucial pour les cliniciens : le contrôle coercitif, une forme de domination caractérisée par la dévalorisation, l’isolement, la surveillance et le contrôle des finances et des relations, capable de ne laisser aucune trace et donc de rester invisible aux observateurs extérieurs. C’est au sein de ces dynamiques, marquées par la possession et l’incapacité d’accepter le rejet ou la séparation, que se situe la différence entre le féminicide et les autres homicides.

La reconnaissance de cette spécificité a des conséquences très concrètes. Elle permet la prévention, car elle aide à évaluer le risque aux stades les plus critiques, dès la fin d’une relation. Cela nous permet de protéger les personnes en danger et de prendre en charge les hommes violents dans le cadre de programmes dédiés, afin de mettre fin aux agressions et de réduire les risques de récidive, en plaçant toujours la sécurité des femmes au premier plan. Cela permet aux victimes de mettre des mots sur leur souffrance et de se sentir enfin crues. Un terme précis devient ainsi un outil essentiel, car sans nom, le problème reste imperceptible.