La propriété est sans intérêt pour l’époque des pionniers : une modeste construction en bois avec une cheminée en pierre, un talus granitique descendant doucement vers le lac et une cave souterraine creusée dans le sous-sol, servant à conserver des fresques de la période des monts Ozarks.
Il est vrai que le complexe Barrow ne mérite pas d’être mentionné du point de vue de sa construction, si ce n’est pour sa réputation.
Le patriarche Josiah Barrow était connu des habitants comme un homme aux convictions religieuses profondes et spécifiques.
Ses voyages, entrepris dans le but de s’abstenir de boire, étaient empreints d’une vision biblique dénonçant la corruption de la société moderne et insistant sur le caractère sacré que la famille Alejada devait préserver de toute contamination extérieure.
Marchands et villageois apprennent à ne pas engager la conversation avec lui, se contentant de vaquer à leurs affaires, d’observer comment charger la charrette, puis de retourner dans la forêt.
Son épouse est probablement décédée plusieurs années auparavant dans les circonstances qu’elle a décrites en détail, et après sa mort, les visites de Josiah au village se sont raréfiées.
Ses filles, Elizabeth et Mave, exprimaient également leurs opinions, quoique moins fréquemment que leur père.
Lorsqu’il apparaît, généralement pour acheter du tissu ou de l’huile de lampe, il traverse la ville comme un fantôme, vêtu de robes identiques à ses lunettes en tissu, le visage impassible et le regard baissé.
Il agit ainsi simplement, lorsque c’est nécessaire, avec une voix que les vendeurs s’empressent d’écouter.
Les femmes du coin qui souhaitent engager la conversation doivent souvent répondre à des questions qui restent sans réponse, pas même un monosyllabe.
L’épouse d’un vendeur écrivit plus tard que les deux hommes ressemblaient à deux frères agrippés à une liste bien lisible, chaque muscle tendu, prêts à partir avec un mineur bruyant.
Il y a quelque chose de troublant dans cette synchronicité, dans cette forme qui bouge et gesticule en parfaite harmonie avec elle-même, comme si une seule conscience était divisée entre deux corps.
Les instants passés près du domaine de Barrow témoignent de son atmosphère à la fois si calme et si agitée.
Pas un mot, pas un danger, juste les bruits simples des travaux agricoles effectués en silence.
La famille Barrow compte un autre membre, mais on n’en a parlé que récemment et on le voit encore plus rarement.
Silas Barrow, le maire d’Hermano, a abandonné sa famille nombreuse il y a bien des années pour vivre au cœur de la forêt.