Vers une industrialisation de la mort et du prélèvement d’organes ?
L’aspect le plus inquiétant soulevé par Éric Mercier est le lien potentiel entre l’euthanasie et le marché des organes. Il explique que la mort naturelle comporte une inconnue majeure : l’heure du décès. Or, le monde des affaires et la logistique hospitalière ont horreur de l’incertitude. L’euthanasie permettrait de basculer dans une « gestion de flux » où la date et l’heure de la mort sont programmées, facilitant grandement la logistique des prélèvements.
Il cite l’exemple de pays comme l’Espagne ou le Canada, où les procédures d’euthanasie sont suivies de prélèvements d’organes. Des experts outre-Atlantique envisagent même de prélever les organes sur des patients encore vivants, mais sous anesthésie totale, considérant l’anesthésie comme le début de la mort sociale du patient.
Le protocole Maastricht 3 et la définition de la mort
En France, le protocole de Maastricht 3 autorise les prélèvements sur des donneurs décédés après un arrêt cardiaque contrôlé (suite à l’arrêt des soins). Éric Mercier met en garde contre la fiabilité parfois relative du diagnostic de mort cérébrale, citant des cas de patients déclarés cliniquement morts qui se sont réveillés après des examens complémentaires. Il souligne le risque de dérive qui consisterait à prélever des organes sur des personnes dont le décès n’est pas absolument certain, poussé par la demande constante de greffons.
L’affaire Kabile et l’ombre du trafic
Pour illustrer les dérives possibles, l’infirmier évoque l’affaire Kabile. Cette femme, mère de famille, avait été retrouvée morte dans le sous-sol de l’ancien hôpital de Gonesse, le corps portant des traces d’incisions et d’organes manquants, alors qu’elle avait été hospitalisée pour une raison mineure. Selon la famille, l’exhumation du corps, un an plus tard, aurait révélé un cercueil contenant un amas d’organes ne lui appartenant pas.
Cette affaire judiciaire, qui dure depuis 20 ans, jette une lumière crue sur l’existence possible de réseaux parallèles. Éric Mercier va même jusqu’à analyser l’architecture du nouvel hôpital de Gonesse, qui, vu du ciel, ressemble étrangement à l’Homme de Vitruve, ce qui symbolise pour lui une vision de l’humain comme un réservoir de pièces détachées.
Comment se protéger ?
Face à ces constats alarmants et à l’adoption progressive de lois telles que la loi Touraine de 2016 sur le consentement présumé au don d’organes ou la future loi sur l’euthanasie, Éric Mercier invite à la plus grande vigilance. Il rappelle que tout citoyen refusant que son corps soit utilisé comme une banque d’organes par défaut doit impérativement s’inscrire sur le.
Selon cet expert de terrain, la convergence entre la volonté politique d’élargir l’accès à la mort assistée et les impératifs économiques de la gestion hospitalière dessine un avenir sombre pour l’éthique médicale et la protection des plus vulnérables.