Mémoire, chutes, dépendance : ce que ces comprimés font vraiment

L’Agence nationale de sécurité du médicament, l’ANSM, a lancé en avril 2025 une vaste campagne pour alerter le grand public. Elle pointe plusieurs risques bien identifiés.
👉 Les troubles de la mémoire. C’est l’effet le plus documenté. Ces molécules perturbent l’enregistrement des souvenirs récents : on parle d’amnésie antérograde, c’est-à-dire la difficulté à mémoriser ce qui vient de se passer. Une conversation de la veille, un rendez-vous noté, un objet posé quelque part.
👉 La somnolence dans la journée. L’effet du comprimé ne s’arrête pas au réveil. Il diminue la vigilance et l’agence insiste sur un point précis : cela réduit fortement la capacité à conduire un véhicule ou à utiliser une machine.
👉 Les réactions paradoxales. Un comble : au lieu de calmer, le médicament provoque parfois l’inverse de l’effet recherché, avec de la nervosité, de l’agitation, voire de l’irritabilité.
👉 Les chutes graves chez les seniors. C’est le risque le plus lourd de conséquences. Somnolence et perte d’équilibre au lever nocturne mènent tout droit à la fracture du col du fémur.
👉 La dépendance, physique et psychique. Le corps s’habitue, la dose ne suffit plus et se passer du comprimé devient impossible.
Soyons précis sur la mémoire, car c’est le cœur de l’accusation. Les troubles de la mémoire immédiate sont bien établis et ils s’améliorent généralement à l’arrêt du traitement. En revanche, le lien entre une prise prolongée et un risque de démence à long terme reste débattu par les chercheurs et n’est pas démontré à ce jour. Inutile donc de paniquer, mais raison suffisante pour ne pas prolonger un traitement des années durant.
3 semaines : la durée que presque personne ne respecte

Voilà le point capital de toute cette histoire. Le problème n’est pas le médicament lui-même, qui rend de vrais services en cas d’insomnie sévère. Le problème, c’est la durée.
Les recommandations officielles sont pourtant nettes : 3 semaines maximum pour un somnifère, et 12 semaines maximum pour un anxiolytique. Pas davantage.
Dans les faits, 40 % des ordonnances ne respectent pas ces durées. Cela représente environ 3,6 millions de Français sous traitement trop long ou mal adapté. Les plus de 65 ans sont les premiers concernés, avec des prescriptions qui s’étirent parfois sur des années sans jamais être réévaluées. À l’autre bout, près d’un jeune de moins de 30 ans sur quatre ignore purement et simplement le risque de dépendance.
Face à cette dérive, l’ANSM a demandé aux laboratoires de commercialiser des boîtes de 5 à 7 comprimés seulement, pour éviter les stocks qui dorment dans l’armoire à pharmacie et l’automédication qui va avec. Certains de ces médicaments, comme le zolpidem contenu dans le Stilnox, exigent déjà une ordonnance sécurisée, ce fameux papier infalsifiable que le médecin remplit en toutes lettres.
Dernière règle d’or : ne cumulez jamais plusieurs de ces médicaments. Leurs effets s’additionnent et le risque de chute ou de confusion grimpe en flèche.