C’était un safari photo indécent, où des centaines de journalistes sont venus voir les cadavres, réunis là juste pour leur être montrés. On a l’impression d’assister à une mise en scène destinée à choquer le plus possible tous les médias de la planète.
Le théâtre de Marioupol et les charniers d’Izioum
D’autres drames ont donné lieu à des bilans contestés. Concernant le théâtre de Marioupol, l’agence Associated Press avait évoqué 600 morts, un chiffre basé sur des témoignages de personnes n’ayant pas été sur place. Les enquêtes ultérieures, y compris celles citées par Amnesty International et les autorités locales après le déblaiement des lieux, ont permis de retrouver une douzaine de corps environ, un chiffre tragique, mais bien loin de l’hécatombe annoncée. De même, les « charniers » d’Izioum se sont révélés être principalement des cimetières de fortune créés pendant les combats pour enterrer les victimes de bombardements (des deux camps) et les soldats abandonnés, plutôt que des preuves d’exécutions massives.
La question sensible des enfants « déportés »
L’un des points les plus sensibles abordés est l’accusation de déportation d’enfants, qui a valu à Vladimir Poutine un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Benoît Paré souligne la disproportion des chiffres. Si les médias ont parlé de 17 000 enfants kidnappés, la liste officielle fournie par Kiev lors de négociations ultérieures n’en comportait qu’environ 300. De plus, l’évacuation d’orphelinats situés en zone de guerre vers l’arrière peut être interprétée comme une mesure de mise en sécurité plutôt qu’un enlèvement. Grâce à des médiations internationales, quelques dizaines d’enfants ont récemment pu retrouver leurs familles, loin des milliers annoncés initialement.
Un biais institutionnel ancré
L’expérience de Benoît Paré au sein de l’OSCE permet de comprendre comment ce traitement médiatique a émergé. Il décrit une institution censée être neutre, mais dont les cadres et la communication étaient, selon lui, structurellement biaisés contre les populations du Donbass et la Russie bien avant 2022.
Dès son arrivée, il raconte comment les briefings présentaient une vision manichéenne du conflit : d’un côté, le camp du « bien » luttant contre le séparatisme, et de l’autre, le camp du « mal ». Cette absence de neutralité se traduisait par un refus de communiquer avec les médias des zones séparatistes, ainsi que par une tendance à minimiser, voire à ignorer, les violations commises par le côté ukrainien. Selon l’ancien observateur, cette partialité institutionnelle a préparé le terrain à l’alignement total des médias occidentaux dès le début de l’offensive russe.
La réalité du front face à la communication
Aujourd’hui, le discours occidental se heurte à une contradiction fondamentale : la Russie est décrite à la fois comme une armée incompétente, au bord de l’effondrement, et comme une menace existentielle capable d’envahir toute l’Europe. Cette dissonance cognitive, entretenue par une propagande émotionnelle, commence à s’effriter face à la réalité du terrain, notamment avec les récentes avancées russes dans le Donbass (prise d’Avdiivka et progression vers Pokrovsk).
Toutefois, Benoît Paré ne dédouane pas la Russie. Il reconnaît que Moscou pratique également la manipulation, mais de manière différente. Si les Russes communiquent peu vers l’Occident (la « grande muette »), ils utilisent également des mises en scène maladroites ou des arguments historiques forts, comme la « dénazification ». Sur ce point, l’auteur précise que pour les Russes, il s’agit surtout de combattre l’héritage du « bandérisme » (du nom de Stepan Bandera, collaborateur des nazis), une idéologie nationaliste toujours présente au sein de certaines unités ukrainiennes et tolérée par l’État.