L’univers, pourtant, avait un autre plan, un plan qui attendit que Dorothy ait soixante-treize ans pour se révéler. Tout commença par un banal voyage pour rendre visite à sa petite-fille étudiante dans un autre État. En quête d’un moment de calme, Dorothy entra dans un café du quartier, un lieu chaleureux embaumé par le parfum du café torréfié et bercé par le murmure des conversations. Tandis qu’elle faisait la queue, une voix rauque et familière attira son attention. Une femme au comptoir commandait un latte. Lorsque celle-ci se retourna, Dorothy ne vit pas seulement une inconnue ; elle se vit elle-même.
La femme avait la même taille, la même posture et le même air fatigué mais bienveillant. C’était comme se regarder dans un miroir reflétant une version légèrement différente de sa propre vie. La femme, qui se présenta comme Margaret, était tout aussi stupéfaite. Elles s’assirent côte à côte à une table en bois dépareillée, leurs mains tremblantes serrant leurs tasses de café. Margaret révéla qu’elle avait été adoptée dans une petite ville du Midwest, la même région où Dorothy avait grandi. Elle parla de parents qui avaient toujours gardé le secret sur sa famille biologique.
Tandis que les deux femmes comparaient leurs souvenirs, une vérité bouleversante s’imposa à elles. Elles n’étaient pas jumelles ; elles étaient nées à cinq ans d’intervalle. Mais la ressemblance était trop frappante pour être une coïncidence. Le nez, les yeux et le pli distinct entre les sourcils étaient identiques. Il ne s’agissait pas d’une simple rencontre fortuite ; c’était la collision de deux vies distinctes, systématiquement anéanties par les mêmes mains. Dorothy comprit que sa mère n’avait pas seulement perdu une fille dans les bois ; elle lui avait caché des secrets concernant des filles dont Dorothy ignorait jusqu’à l’existence.