Daniel est décédé un mardi. Il n’avait que 61 ans. Sans prévenir, sans un dernier adieu. Juste un coup de fil alors que je lavais des fraises dans l’évier.
On m’a dit qu’il se rendait au travail lorsqu’il a eu un grave accident de voiture sous la pluie.
Nous allions fêter nos 30 ans de mariage dans deux semaines.
Le lendemain matin des funérailles, je suis retournée seule au cimetière. J’avais besoin d’être avec lui, sans que personne ne me voie pleurer.
C’est alors que j’ai vu le chien.
Un bâtard couleur miel, ébouriffé et trempé, recroquevillé juste au-dessus de la terre fraîchement retournée.
J’ai essayé de le repousser. Il n’a pas bougé. Je lui ai offert la moitié de mon sandwich. Quand je me suis enfin levée pour partir, il a émis un son que je n’oublierai jamais : ni un aboiement, ni un gémissement. Un cri. Comme s’il souffrait comme un être humain.