Un système olfactif redoutable et complexe

Face à cette découverte, on pourrait logiquement penser qu’il suffirait de bloquer la capacité des moustiques à sentir ces fameux acides gras pour régler le problème une bonne fois pour toutes. Les scientifiques ont d’ailleurs tenté l’expérience. Ils ont réussi à modifier génétiquement certains insectes pour les priver des récepteurs olfactifs capables de détecter ces molécules précises.
Le résultat final ? Les moustiques mutants étaient certes un peu moins attirés par les “aimants humains”, mais ils continuaient tout de même à les préférer largement aux autres individus ! Comment expliquer cette obstination ? Tout simplement parce que ces insectes disposent d’un système de détection incroyablement complexe et surtout redondant.
Si un capteur olfactif tombe en panne, un autre prend immédiatement le relais. Notre odeur corporelle n’est pas simple, c’est un cocktail chimique complexe composé de centaines de molécules différentes. Outre les acides gras, nous expirons du dioxyde de carbone (CO2) à chaque respiration, ce qui signale notre présence à des dizaines de mètres de distance.
À cela s’ajoutent l’acide lactique produit quand nous transpirons, ou encore d’autres composés chimiques alléchants récemment identifiés par la recherche. Le moustique possède donc de multiples plans de secours pour être absolument certain de trouver son repas sanguin, vital pour la reproduction des femelles.
Le rôle clé de nos bactéries (et les solutions de demain)

Il reste une question cruciale en suspens : pourquoi certaines personnes produisent-elles beaucoup plus de ces acides gras attractifs que d’autres ? La réponse ne se trouve pas directement dans notre code génétique, mais plutôt chez les milliards de locataires microscopiques qui peuplent notre peau : notre microbiote cutané.
Notre épiderme est recouvert en permanence de bactéries bénéfiques qui se nourrissent activement de notre sébum. En digérant cette pellicule grasse protectrice, ces micro-organismes produisent des déchets métaboliques, dont font justement partie les fameux acides gras qui rendent les moustiques fous de joie.
La composition exacte de cette flore bactérienne varie énormément d’un individu à l’autre. C’est donc votre écosystème microscopique personnel, unique au monde, qui dicte votre odeur finale. Cette découverte majeure ouvre des perspectives fascinantes pour l’avenir de la prévention.
Face à la prolifération mondiale de certaines espèces agressives comme le moustique tigre, favorisée par le réchauffement climatique, trouver de nouvelles protections devient un véritable enjeu de santé publique. Les chercheurs imaginent déjà des solutions novatrices basées sur ces récentes trouvailles.
Et si, demain, nous pouvions modifier temporairement notre microbiote cutané ? On pourrait tout à fait envisager des crèmes probiotiques capables de transférer les bactéries d’une personne “invisible” aux moustiques directement sur la peau d’une personne très attractive.
En attendant que ces cosmétiques révolutionnaires du futur voient le jour dans nos pharmacies, les sprays répulsifs classiques et les bonnes vieilles moustiquaires restent vos meilleurs alliés pour passer des nuits estivales paisibles.